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dimanche 19 janvier 2014

Demain dès l'aube

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> Jeudi 16 janvier. Deux semaines depuis le départ d'Okinawa. Deux semaines de transition, humaine, spirituelle, géographique aussi. Le fameux point de basculement évoqué déjà. Beaucoup de mer avalée en quelques heures pour rejoindre le continent asiatique, vers les deux mois du retour.

A peine effleuré l'une des îles principales du Japon, Kyushu. Le temps de savourer comme un relent d'été indien au cœur de l'hiver. Le volcan Sakura-jima en symbiose avec sa ville, Kagoshima. Des sables fumants d'activité volcanique où je retrouve l'amour des japonais pour les bains et les enveloppements chauds. Des maisons de samouraï restaurées, habitées et ouvertes par leurs descendants. Des stèles à la mémoire de milliers de jeunes kamikazes partis jouer d'ici leur destin à Okinawa en 45.

Et déjà la Corée. J'y entre par Busan, la grande ville du Sud, frétillante de son marché aux poissons. Une parenthèse avant de se frotter au rude hiver de Séoul, la ville-capitalisme où la réussite n'est pas une option. De palais en gratte-ciel de Gangnam, la ville pourrait sembler glacée, si ce n'était la chaleur de la rencontre avec Ila, jeune coréenne qui m'offre la chaleur d'une soirée dans la maison qu'elle partage avec une dizaine d'autres étudiants et jeunes actifs.

J'attends l'aube. Elle prend, au choix, le visage d'un visa russe, acquis sans finalement tant de peines, ou d'une retraite de trois jours dans un temple bouddhiste. Demain commence mon séjour coréen, par le temple de Woljeongsa. L'occasion paradoxale de sortir par l'austérité de l'hibernation dans laquelle je m'étais réfugiée au cours de ces deux dernières semaines.

Photos : Kagoshima, Busan, Séoul







dimanche 5 janvier 2014

Elle et Lui...

2 commentaires:















> Vendredi 3 janvier. « A la croisée de la Corée, de la Chine et du Japon, le royaume des Ryukyus est une belle nation des mers du Sud. Avec ses navires, le royaume sert de pont entre les nations, abondant ainsi de trésors exotiques ». Une cloche du château de Shuri, aux abords de Naha, arbore ces mots gravés depuis 1458. Okinawa aurait certes pu être, comme il l'a tant prouvé par le passé, un pivot pour nous aussi, après nos échappées belles de Taïwan. Un axe qui nous aurait basculé de nouveau vers la terre au Nord, en Corée, suivant les routes maritimes séculaires. Le début du retour.

Pivot il l'a été. Une charnière, une ornière. La fin du voyage de fiançailles, rien de moins. L'isolement, le huis clos, malgré les nombreuses et belles rencontres de ce voyage, le marasme de la composition à deux auront eu raison de notre périple en duo. Le besoin de respirer un air de nouveau libre, de se retrouver à soi-même, de laisser s'adoucir les reliefs de ce que l'autre, de ce que tous ces autres glanés en chemin aussi, nous auront dévoilé de nos êtres.

Pour Romain, ce sera donc le retour le plus court vers la France. Naha-Shanghai-Paris-Nice. Noëlle sent que la route terrestre l'appelle encore. Elle prendra un bateau pour Kagoshima, en l'île de Kyushu au sud de l'archipel principal du Japon, puis un second de Fukuoka pour la Corée du Sud. Plus tard, ça sera la Russie, le long retour de Vladivostok vers Moscou.

Pivot, Okinawa l'aura donc été entre ce voyage à deux et un voyage solitaire. Les remous du transbordement de l'un à l'autre nous auront laissés peu attentifs aux charmes et douleurs d'Okinawa. Un royaume océanique indépendant, fier et raffiné, unifié par Sho Hashi au 15e siècle puis annexé par le gouvernement japonais. Un paradis turquoise lézardé par plus de 2 millions d'obus en la dernière bataille du désespoir au crépuscule de la seconde guerre mondiale. Une population marquée par le sacrifice et l'honneur, 200 000 morts dont presque la moitié d'habitants civils. Une occupation militaire pesante du vainqueur américain jusqu'à la rétrocession en 1972. Une renaissance. Et nos pauvres âmes au milieu de tout cela, à bout de souffle.

Alors que le ferry glisse inexorablement vers Kagoshima et que se fane le cap Hedo à la pointe Nord d'Okinawa dans les limbes matinales, je ne peux m'empêcher de sentir qu'il en restera ainsi à jamais. Okinawa mon amour.

Photos : Naha, Motobu, Minna-Jima; en dessous: un réveillon du Nouvel An et un 1er janvier ensoleillé à Okinawa, Naha.







samedi 28 décembre 2013

Pourquoi nous avons pris l'avion

7 commentaires:


> Lundi 16 décembre. Voyager sur terres et mers, c'est parfois prendre aussi conscience qu'il existe maintenant des liaisons sur le globe qui ne peuvent se faire que dans les airs.

A l'issue de notre longue traversée de la Chine, nous voulions échapper à l'Asie du Sud-Est et filer droit vers le Pacifique. Taïwan nous avait semblé le parfait pivot pour ce faire. Nous y avions finalement pris du temps, laissant s'évanouir l'envie d'explorer plus loin les îles micronésiennes, mélanésiennes et polynésiennes. Des îlots inaccessibles par voie de mer en cette saison. Taïwan ne nous avait pas déçus.

Point de départ de tous les peuples austronésiens du Pacifique, avec encore 14 tribus aborigènes bien identifiables, un melting pot Han et Japonais, il symbolisait pour nous toute la richesse du Pacifique. Et jusqu'à peu, des liaisons maritimes régulières reliaient l'île à l'archipel japonais, route de sortie pour nous. Jusqu'à peu...

Trompés par des informations datées, nous nous trouvions face à un quai vide. Plus de ferry entre Taïwan et les îles Ishigaki ou Miyako de la préfecture d'Okinawa à l'extrême sud du Japon.

Et pourtant il nous fallait passer par le Nord. Il ne pouvait être question d'envisager les Philippines, territoire récemment dévasté et vers lequel aucun ferry n'avait jamais été mis en place depuis Taïwan. Notre route ne pouvait être que celle du Nord, le Japon pour rallier la Corée du Sud et enfin Vladivostok où s'engouffrer dans le Transsibérien du retour.

Nous avons épuisé tous les recours. Contacté les ports à la recherche d'un hypothétique ferry. Démarché les compagnies de cargos taïwanaises et japonaises naviguant dans la région, inflexibles dans leur refus d'embarquer des passagers. Discuté avec des plaisanciers qui nous ont assuré qu'aucun voilier n'allait effectuer la courte traversée Taïwan-Ishigaki en cette saison.

Nous nous sommes rendus à l'évidence, nous avons capitulé. Nous avons volé. Pas vers Ishigaki car incroyablement, les îles Yaeyama auquel l'îlot appartient se trouvent elles aussi coupées d'Okinawa, avec seulement une liaison aérienne régulière. Nous nous sommes donc projetés au point le plus proche où trouver ensuite de nouveau une liaison maritime. Okinawa.